RETOUR SUR L’INTÉGRATION DES ROMS article

Vendredi 18.11.2011, 05:20 – La Voix du Nord Metropole

• NOTRE ENQUÊTE RETOUR SUR L’INTÉGRATION DES ROMS

« La communauté urbaine veut montrer l’exemple à l’État ». Dans notre édition du 9 novembre, nous évoquions les intentions de LMCU en termes d’intégration des Roms. L’occasion de s’intéresser à d’autres expériences moins institutionnelles. Aujourd’hui, l’initiative, prise en août 2010, de la paroisse des Béatitudes,à Genech. L’intégration des deux familles slovaques abritées au presbytère est en bonne voie. Au prix d’un dévouement d’une poignée de Pévélois…

PAR VIRGINIE BOULET

metro@lavoixdunord.fr PHOTOS PATRICK JAMES

Gilbert Legoubin a encore une boule dans la gorge quand il parle de l’arrivée des Vano. C’est lui qui a hérité de la « patate chaude ». En cette fin août, les autres membres du comité paroissial sont en vacances, l’abbé Bernard Catteau aussi. Et pour que le diocèse accepte d’ouvrir les portes de l’ancien presbytère de Genech, inoccupé depuis deux ans, le père Arthur « a fait plus que du forcing », sourit Gérard Lévêque. Présidente de la Pierre-Blanche (lire ci-contre), plus discrète que l’impétueux homme d’Église qui personnifie l’association, Martine Puzin en convient. « Mais en tant qu’homme et en tant que chrétien, on ne pouvait pas dire non », poursuit Gilbert Legoubin, avant de faire monter sur ses genoux le petit Samuel, 3 ans. Gérard Lévêque fait de même avec Vanesa, qui a le même âge. Et sur le visage de ces deux papys d’adoption se dessine un sourire plein de tendresse…

Un peu plus d’un an après l’arrivée pour le moins inopinée de ces douze Slovaques, les uns et les autres se sont apprivoisés. Il y a bien eu quelques frictions, de l’incompréhension, de la part par exemple de Gilbert, quand les Roms ont boudé le lopin de terre qu’il leur avait trouvé pour jardiner. Mais cet épisode, aujourd’hui, le Templeuvois le digère quand il voit les efforts fournis par les Vano, douze personnes au total, pour s’intégrer. L’an dernier, trois des six enfants (un septième est né en mai) ont fréquenté l’école du Petit-Prince dès septembre. Les quinze premiers jours, Anne-Marie Blervaque, l’une des paroissiennes impliquées, accompagnait parents et enfants pour les entrées et sorties d’école. « Une fois, les parents ne sont pas venus chercher les petits à temps. On a remis les pendules à l’heure et ça ne s’est plus reproduit ! » Cette année, les plus petits sont entrés en maternelle. Autre avancée : depuis septembre, deux des adultes (dont un handicapé mental), Marek et sa compagne Vanova, 32 ans, se rendent trois fois par semaine à Fives pour suivre des cours de français. Et Marek, qui a déjà effectué des petits boulots, a travaillé un mois chez Florimond Desprez. Il a donné entière satisfaction à l’entreprise d’horticulture, qui est prête à lui signer un nouveau contrat.

Marek et son beau-père Milan n’ont pas besoin de se faire prier pour réaliser de menus travaux pour la paroisse. Le bénévolat, c’est l’un des engagements que doivent tenir les familles, liées par un contrat avec la Pierre-Blanche et le « comité de solidarité » de la paroisse. Les autres obligations : ne pas se livrer à la mendicité, apprendre le français, habiter réellement au presbytère, ne pas accueillir d’autres personnes. Seule cette dernière clause fait l’objet d’une lecture souple par la Pierre-Blanche, qui règle la facture des produits de première nécessité pour les familles.

Aujourd’hui, ce sont les Vano qui poussent le chariot. La poignée de paroissiens les accompagnent surtout « pour les papiers ». Ils découvrent alors la complexité des situations, avec effarement mais sans défaitisme. « Parfois, on se demande combien de temps tout ça va durer », sourit Mme Blervaque. Mais aucun n’envisage de les déloger.

Des Roms pris en charge au quotidien par des paroissiens, qui plus est en milieu rural : le scénario, en tout cas, est inédit dans la région. Le modèle sera-t-il reproduit ? Martine Puzin le souhaite ardemment. •

(*) Les Slovaques sont autorisés à travailler en France ; les Roumains et les Bulgares ne le seront pas avant 2014.

À suivre, demain : I’ancienne école Sainte-Thérèse, à Ronchin, où depuis un an et demi, cinq familles de Roms sont installées.

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