Rencontre avec les Roms de la rue de la Cruppe Lundi 24 janvier 2011

14h30 – Fort de Mons Salle de la Terrasse

Sont présents autour de la table,

Augustin, Florin, Marin, Tarzan, Laisos, Spicu, Cyprien & Sonia

Sept chefs de famille roms, et une femme représentant les autres occupées à la cuisine.

Les enfants sont à l’école.

Des membres des associations & groupes d’aide actifs sur le terrain de la Cruppe :

Le CCFD organisateur avec la paroisse de Mons & la paroisse de Villeneuve d’Ascq,

Le collectif de solidarité Roms & gens du voyage de l’agglomération lilloise,

(Anne, Danièle, Jeanne, Monique & Monique, Myriam, Patricia, Jacques, Jean-François, Fernand, Gérard, Yves)

Mons entraide (Jean),

Les Restôs du cœur de Mons (Bernard, Didier & Michel),

Un franciscain (Jacques-Marie) & un dominicain (Frank) parlant Roumain qui sera notre interprète.

Tous bénévoles,

L’AREAS retenue (François) s’est excusée de ne pouvoir venir.

Cette rencontre est une première autour d’une table. Elle a pour objet de permettre aux Roms de dire, leur vécu, leur ressenti, leurs besoins, leurs souhaits. Les associations leur répondent dans la mesure de leurs compétences, expérience, et de leurs moyens.

Les éléments rapportés ci-dessous ne sont pas une traduction littérale des propos tenus par les uns & les autres, simplement une prise en compte de l’essentiel des interventions.

Pour les roms, ce cadre est nouveau, ils n’y sont pas habitués, mais la parole leur est familière, ils sont heureux de pouvoir s’en servir aujourd’hui et ils n’y manquent pas:

  • Marin apprécie les coups de main ponctuels, l’aide matérielle. Son expérience est celle d’un maçon, de l’entretien des routes.
  • Pour Tarzan l’important est de ne plus être expulsé, d’être stabilisé quelque part.
  • Spicu quant à lui nous dit qu’il sait tout faire, maçonnerie, charpente et même les travaux agricoles. Plus tard, il précisera un parcours chaotique entre Maubeuge et l’agglomération lilloise, teinté aujourd’hui à la fois de révolte et de découragement.
  • Laïsos lui aussi sait travailler, mais il fait part de ce souci quotidien : interpellation sans motif, garde à vue, confiscation de ses papiers, OQTF, recours par l’intermédiaire de l’AREAS ; une situation momentanément réglée faute de justification à l’interpellation, mais une inquiétude permanente, et des craintes avivées par la perspective au retour du printemps d’un risque d’accélération des expulsions.
  • Tous viennent de Roumanie, de régions diverses.

En écho à ces craintes, quelques observations dans des directions à la fois négatives et positives.

  • Eléments négatifs : La législation sur le séjour des étrangers connaît actuellement un durcissement : Placements en centre de rétention ; Reconduites à la frontière facilitées sans recours possible au juge ; Expulsions facilitées même en cas d’occupation autorisée par le propriétaire des lieux, et à fortiori face à des situations d’insécurité ou d’insalubrité ou tout autre motif de contravention à la règlementation (Un nombre de familles en augmentation sans limite sur un même terrain, la proximité excessive des constructions, rendraient le terrain de moins en moins praticable – à fortiori en l’absence de traitement des eaux usées-, sans compter l’augmentation du risque de départ de feu).
  • Eléments positifs : Pour aujourd’hui, Lille Métropole a choisi, non seulement de ne pas demander l’expulsion des familles roms installées sur ses terrains, mais elle a pris en charge l’installation de wc et de containers à ordures. Pour demain, elle a aussi prévu un raccordement au réseau d’évacuation des eaux usées pour ceux de ses terrains où l’opération sera possible. Mais ces efforts pourraient être sans résultat si le nombre des familles accueillies augmentaient.
  • Au delà, Lille Métropole envisageait de poursuivre l’expérience des villages d’accueil et consulte les communes de l’agglomération pour un accueil des familles au cas par cas en partenariat avec l’AREAS. Mais ces perspectives restent subordonnées, d’une part à la volonté d’intégration des familles, mais aussi aux engagements financiers à obtenir de l’état et de l’europe. La préfecture promet alors une carte de séjour pour pouvoir chercher un travail. L’expérience dit malheureusement que promettre n’est pas tenir.

Sur la question du nombre de familles, les restôs du cœur de Mons indiquent également que leur intervention a atteint sa limite et qu’ils ne pourront accueillir d’autres familles sauf à ce qu’elles se substituent aux familles déjà inscrites.

Dans le contexte de cette intervention des restôs du cœur, la question est posée de la mendicité. Les roms français ne la comprennent pas… mais eux peuvent travailler.

La réponse des familles roms vient indiquer que l’apport des restôs du cœur, envers lesquels ils n’ont que remerciements, ne suffit pas à leurs besoins.

Un médecin participant rappelle l’interdiction légale de la mendicité par les enfants en bas âge.

Les familles roms indiquent ne pas être au courant et voudraient mieux connaître la réglementation

Le problème restera à régler au delà du 25 mars avec l’arrêt des restôs du cœur. Une activité dans un cadre associatif (Emmaüs ?) permettrait peut-être de dégager des compléments de ressources ?

Activité pour laquelle les roms présents sont partants.

Est alors abordée la question du nécessaire apprentissage du français dans une perspective de possible intégration :

Consultés, tous se portent à priori volontaires,

Mais l’expérience des formateurs est malheureusement moins optimiste sur la durée.

Peut-être n’est-il pas habituel pour certains qu’une femme rom prenne la parole…

Mais dès qu’elle le peut, Sonia nous dit son désir d’une maison normale, avec une cuisine normale, une salle d’eau normale, des chambres normales, elle qui est allée avec son fils se changer et passer leurs chaussures sous le robinet du point d’eau pour venir nous rejoindre.

Mais tous disent leur besoin d’un bloc sanitaire pour se laver (les hommes), laver les enfants (les femmes), laver le linge, laver la vaisselle ; de lieux propres pour faire la cuisine, et sous jacent, l’évacuation des eaux usées et le chauffage de l’eau.

A défaut de solution plus performante, et sous réserve d’évacuation, les familles roms envisageraient de construire un abri collectif, alimenté en eau chaude par la lessiveuse sur un réchaud à gaz de nos grand-mères.

Sur le chemin des espoirs et des confidences, l’un d’entre eux évoque le parcours chaotique en France de sa famille, les accidents de parcours et l’incompréhension des services sociaux et judiciaires de protection de l’enfance.

Sans pouvoir faire autre chose qu’écouter une détresse, nous sommes conduits à penser l’importance pour les familles d’être connues des services de PMI. Face à une difficulté, être connu, c’est se donner des chances d’être défendu.

Faute de temps et d’informations, ont été renvoyées à une prochaine fois et à des contacts AREAS – Mairies : les relations avec les CCAS de Mons & Villeneuve, les domiciliations, les allocations à caractère familial ou social…

Rendez-vous à prendre pour une prochaine rencontre : D’ici trois mois ?

PS & hors compte rendu  : Pour aborder aussi des fêtes avec les beaux jours ? et d’autres questions que celles purement matérielles du pain quotidien?

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